Dans cet article, nous allons visiter le chantier de deux autoconstructeurs.
Nous allons voir ensemble pourquoi ils ont fait le choix de l’autoconstruction et nous discuterons des défis qu’une telle décision soulève.
Vous êtes peut-être vous aussi en train de vous demander si vous voulez vous lancer dans un chantier en autoconstruction et vous avez peut-être une appréhension face aux difficultés et choix techniques qui y sont liés.
Nous allons voir, en s’appuyant sur l’exemple de ce chantier, un ensemble de techniques constructives qui sont intéressantes à utiliser lorsqu’on fait le choix de construire soi-même sa maison, et les erreurs qu’il faut éviter.
Je vous expliquerai au travers de leurs exemples comment prendre les décisions pour la gestion de sa construction, et quelles sont les choses auxquelles on ne pense pas forcément de premier abord mais qui peuvent nous mettre en difficulté une fois les travaux démarrés.
Pourquoi autoconstruire sa maison ?
Nous sommes chez Stijn et Uria, un jeune couple qui s’est lancé dans la construction de leur propre maison. Au départ, ils n’avaient aucune expérience dans ce domaine et ils avouent qu’au départ ils avaient des doutes sur leur capacité à pouvoir gérer l’ensemble du chantier, et notamment la construction de l’ossature.
Ces craintes sont légitimes et ils ont fait la meilleure chose à faire dans ce cas : ils ont fait appel à un professionnel pour être accompagnés sur les éléments sensibles, et rassurés de cette prise en charge ils ont finalement décidé de franchir le cap.
Le premier argument qui les a persuadés se résume dans cette expression qu’ils m’ont citée : « Van een huis een thuis maken ». Ils expriment par là l’idée de faire de leur maison, leur propre maison. Ils pensent que c’est plus difficile de s’adapter dans une maison qu’ils n’ont pas construite eux-mêmes. Ils acceptent le fait que ce n’est pas l’option la plus simple, mais que ça sera bénéfique à l’avenir.
Un deuxième argument, et pas des moindres, est la question budgétaire. Construire ou rénover sa maison coûte beaucoup d’argent et il est souvent admis qu’en autoconstruction on parvient à diviser ces coûts par deux.
La question du budget est primordiale lorsqu’on se lance et doit être parfaitement maîtrisée, sans quoi vous prenez le risque de commencer un chantier que vous n’allez jamais pouvoir terminer.
Pour vous assurer de ne pas faire d’erreur, vous pouvez faire appel à un professionnel. Mais il est aussi possible que vous établissiez vous-même votre budget, en reprenant poste par poste tous les éléments qui entrent en jeu dans votre futur chantier.
Ce n’est pas un processus extrêmement compliqué, le tout est de bien avoir en tête l’ensemble des postes et le coût de chacun.
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Quels choix techniques pour l’autoconstructeur ?
Le choix des techniques constructives est lui aussi un des éléments fondamentaux en autoconstruction.
En effet, étant donné que c’est vous qui allez devoir vous occuper de la mise en œuvre, il est primordial d’opter pour des techniques que vous allez être capable de mettre en œuvre sans trop de difficulté.
Pour faire votre choix, vous devez également prendre en compte l’aspect écologique et utiliser au maximum des matériaux locaux. Il est important aussi d’avoir une cohérence entre les matériaux de votre projet, et si vous avez un doute à ce sujet n’hésitez pas à m’envoyer un mail avec les éléments que vous comptez mettre en place : je vous donnerai mon avis.
Dans les choix de conception, ils ont opté au maximum pour des matériaux naturels et des techniques simples et accessibles, qui permettent d’être réalisées sans un savoir-faire trop exigeant.
En effet, gérer un chantier demande beaucoup de ressources et d’énergie, comme nous allons le voir un peu plus loin dans la vidéo.
Et faire des choix constructifs simples de mise en œuvre est un des piliers d’un chantier bien maîtrisé.
Les techniques constructives
Dans leur cas, ils se sont tournés vers la construction en ossature bois, l’isolation en paille, des techniques d’enduits en terre crue et des murs en bauge.
Dans le choix de construction, ils ont choisi de mêler des techniques anciennes et nouvelles :
- Une façade uniforme côté rue, pour respecter les volontés urbanistiques de la région, et des formes organiques côté jardin.
- Une ossature en bois, associant des montants préfabriqués pour les murs, mais aussi des troncs d’arbres entiers pour les planchers. Les planchers en rondins de bois apportent un côté esthétique chaleureux dans l’habitat puisqu’ils resteront visibles. Les murs, eux, sont faits de montants de lamellé-collé préfabriqués placés verticalement et écartés de 40 à 60 cm. L’épaisseur des montants permet d’y loger la couche d’isolation sans trop empiéter sur la surface habitable. La solidité de l’ensemble est assurée par un contreventement réalisé avec des panneaux de bois dense, les panneaux OSB.
- L’isolation est faite en ballots de paille, enduite de chaux calcaire à l’extérieur et d’argile à l’intérieur.
- La maison est montée sur un vide sanitaire, qu’ils ont décidé d’isoler au moyen de coquillages. Ceci empêchera la chaleur de s’échapper par le sol et maintiendra la température à un niveau agréable.
- Un poêle de masse leur fournira chaleur et confort. Situé au centre du plan de la maison, il va assurer le chauffage de toute la maison. La grande compacité de la maison en ossature bois va permettre de rapidement répartir la chaleur dans l’ensemble de l’habitat. La maison en ossature bois possède une faible inertie thermique : elle peut monter rapidement en température, mais ne va pas la garder, car il y a peu d’éléments massifs pour stocker la chaleur. Pour ce type de construction, il est essentiel de prendre en compte certains concepts de l’architecture bioclimatique, avec une orientation plein sud pour capter un maximum d’apports solaires, mais aussi s’en protéger durant l’été.
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Tout le monde peut-il autoconstruire ?
Qu’est-ce qu’un autoconstructeur ? Est-ce déjà un bricoleur aguerri ? Ou peut-il s’agir d’un complet amateur qui n’a jamais touché un tournevis de sa vie ?
Il est certain qu’il est préférable d’avoir envie de travailler de ses propres mains. Mais avoir de l’expérience n’est pas nécessairement un pré-requis. On devient habile en pratiquant soi-même et en ayant envie de se lancer.
Alors effectivement, si vous êtes du genre à passer vos week-ends à bricoler, la construction de la maison de vos rêves ne sera pas une grosse difficulté pour vous. Mais si ce n’est pas le cas, ne partez pas en courant : tout le monde peut devenir un très bon autoconstructeur.
C’est par la pratique que vous allez développer vos aptitudes à gérer vous-même votre chantier.
Je pense que le plus important quand on débute est d’avoir certaines qualités telles que la patience, la rigueur et une bonne organisation. En effet, savoir anticiper, gérer un planning et son budget sont des notions qui permettent de mener un chantier correctement, autant que possible. Et gérer son chantier correctement, c’est diminuer drastiquement le stress qui y est associé, ce qui vous permettra de faire une réalisation plus soignée et surtout d’y prendre plus de plaisir.
Quand on parle d’autoconstruction, cela ne veut pas dire qu’on fait forcément « tout par nous-même ». Il s’agit de définir quels postes on désire déléguer à des entreprises spécialisées.
Il peut s’agir d’une autoconstruction totale ou d’une autoconstruction partielle. Ceci va être défini suivant le temps disponible pour la construction, mais aussi et surtout suivant les qualités, compétences et savoir-faire des autoconstructeurs.
Dans certains cas, il est préférable de faire appel à des professionnels pour des étapes particulièrement sensibles, comme les fondations ou la plomberie.
Des choix adaptés à vos besoins
Ces choix doivent être faits en fonction de vos compétences et de vos besoins personnels : il est parfois plus judicieux d’embaucher un spécialiste pour faire en une semaine une partie de la construction qui vous effraie et que vous auriez mis plusieurs semaines à faire tout seul.
Dans ce cas-ci, après avoir fait faire les fondations par une entreprise, ils ont travaillé sur la mise en place de la structure. Les rondins de bois ont été précieusement sélectionnés un à un chez un fournisseur local. Ils ont eu beaucoup de travail pour les rondins, dont il fallait retirer l’écorce : une tâche manuelle, énergivore mais accessible et qui requiert peu d’expertise. Ces rondins sont utilisés pour les poteaux et les planchers, et taillés en queue d’aronde. Pour le reste de la structure, ils ont utilisé du lamellé-collé : un camion est venu livrer les pièces sur place. Chaque pièce est numérotée et c’est un réel jeu d’assemblage pour constituer chaque élément de la maison, séparément.
Certaines pièces font jusqu’à 7 mètres de long, mais il suffit d’être 2 personnes pour pouvoir les déplacer, ce qui rend la mise en œuvre assez facile. Il a suffi de regarder les plans précieusement préparés au préalable, de prendre les bonnes vis dimensionnées par le bureau d’étude, et de se servir de la visseuse.
Au début du projet, le couple reconnaît être encore fort dépendant des machines, pour la mise en place de la structure en bois par exemple. Mais les dernières étapes se finiront avec leurs propres mains, pour sculpter les murs intérieurs courbes et fluides à partir du sable, de l’argile et de la paille.
Combien de temps pour réaliser l’ossature ?
Une fois que les 4 façades, le toit et les éléments de planchers sont assemblés au sol, on a pu faire la mise en place. Les murs pré-assemblés sont montés grâce au manitou, un beau jouet de 18 mètres de flèche ! C’est là qu’on voit très rapidement que le volume prend forme. Au final, le bâtiment de 2 étages aura été dressé en 5 jours !
Ensuite, il a fallu passer à l’assemblage de la sous-toiture, au remplissage du toit avec les bottes de paille, à l’assemblage des planches de rives et à la préparation du toit pour le couvreur.
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Les difficultés d’un chantier en autoconstruction
Lorsque je leur ai demandé quelles étaient leurs plus grandes difficultés pendant le chantier, ils m’ont directement répondu que c’était la fatigue physique. Ils se rendent compte que le rythme était assez soutenu et ils rentraient souvent épuisés chez eux en fin de journée, un critère qu’ils n’avaient pas imaginé à ce point. En effet, ils suivaient le rythme de Lionel, le charpentier menuisier et référent technique, qui menait une cadence assez soutenue. C’est sans doute une question d’habitude !
Ils se réservent parfois quelques jours de congé pour récupérer. C’est un critère essentiel pour garder le moral et la motivation durant un chantier de telle échelle ! Pour l’instant, ils n’ont pas encore rencontré de difficultés insurmontables pendant le chantier.
Cependant, quelques erreurs sont arrivées, comme :
- des fenêtres qui ont dû être redimensionnées dans l’ossature en bois ;
- la cheminée qu’ils ont dû déplacer ;
- une erreur de commande des bottes de paille due à une erreur de calcul de l’architecte ;
- et aussi quelques imprévus dans les factures (fondations, manitou), mais pour eux ce ne sont pas de gros problèmes car ils ont toujours eu de très bons contacts avec les entrepreneurs et l’architecte.
Ce sont des imprévus qui peuvent survenir sur un chantier. Bien sûr, l’idéal est d’éviter au maximum ce genre d’aléas, mais en autoconstruction il faut savoir être flexible et être conscient que cela peut arriver. Le tout est de savoir rebondir, trouver des solutions, s’adapter, être ingénieux et débrouillard.
Pour aller plus loin sur la conduite d’un chantier au quotidien, nos 21 pistes pour gérer un chantier avec bienveillance rassemblent les réflexes qui préservent l’équipe, le corps et le moral tout au long du projet.
Le bilan
Je leur ai demandé quel était leur plus beau souvenir pendant le chantier. Ils m’ont répondu, sans hésiter, que c’était le jour où ils ont finalement réussi à fermer le toit, en mettant toutes les bottes de paille en place et en finissant le placement de la sous-toiture.
Ils étaient contents, mais surtout soulagés, car à partir de ce moment-là la maison est considérée comme abritée contre la pluie, et c’est beaucoup moins de stress.
C’est un élément important à prendre en compte lorsqu’on fait un chantier en autoconstruction : il faut vraiment bien organiser cette première étape et s’assurer de la faire pendant une période où vous êtes sûr d’avoir beaucoup de temps à consacrer à votre chantier. Une fois que la maison est hors d’eau, vous pouvez vous permettre de ne pas être aussi efficace dans votre avancement, les éléments de la construction étant protégés.
Je leur ai aussi demandé ce qu’ils auraient dû mieux gérer, quels conseils ils nous donneraient après leur expérience, et ce qu’ils auraient fait « si c’était à refaire ». Ils ont insisté sur les rapports avec le service d’urbanisme. Ils regrettent de ne pas avoir contacté la commune avant l’achat du terrain pour connaître les règles de construction de manière officielle, donc par écrit. Ils ont en effet dû changer les plans 5 fois avant de recevoir le permis.
Si vous aussi vous avez un projet en autoconstruction et que vous vous posez des questions comme : comment estimer le coût de mes travaux ? Quels matériaux choisir ? Comment rendre mon habitat plus écologique ? Comment organiser les espaces pour qu’ils soient confortables et fonctionnels ? Comment analyser les devis des entreprises ?
Mon métier est de vous accompagner. Envoyez-moi un message pour que nous puissions discuter de votre projet. À bientôt !

